L’épidémie du COVID-19 met à l’épreuve les systèmes de santé à travers le monde en matière de prévention et de prise en charge. Même les pays qualifiés de « plus avancés », peinent à faire face efficacement à cette pandémie qui en a surpris plus d’un. La limitation de la vitesse de propagation de cette pandémie ainsi que ses impacts socio-économiques exigent une riposte forte, structurée, diligente et solidaire.

En ce qui concerne l’Afrique, nombreuses sont les opinions qui annoncent le « pire ». Les arguments avancés trouvent généralement leurs sources dans l’état des infrastructures et la déficience des systèmes de santé. Le niveau d’urbanisation des mégalopoles et la misère qui y sévit rendent difficile voire inefficace l’application des mesures barrières telles que le lavage systématique des mains faute d’accès à une eau potable courante, la distanciation sociale du fait de la prolifération d’habitats précaires et la promiscuité, ou encore le confinement total qui affecterait 90% de la population active, qui vit de l’économie informelle.

La notion du « pire » dépend des caractéristiques de chaque environnement socioéconomique. Bien que le cas de l’Afrique soit préoccupant, il n’en demeure pas moins que des pays développés tels que l’Italie, l’Espagne, la France ou encore les Etats-Unis se sont faits surprendre par cette épidémie. Le Global Health Security Index 2019 indiquait par ailleurs que : « Aucun pays n’est pleinement préparé aux épidémies et aux pandémies, et chaque État a d’importantes lacunes à combler. (…) La sécurité sanitaire est fondamentalement faible à travers le monde ».

Au-delà de son effet potentiellement dévastateur, il semblerait que la crise du COVID-19 puisse représenter l’opportunité d’une transformation structurelle des systèmes de santé et ceux qui leurs sont annexés. A ce titre, en Afrique, la stratégie de riposte se doit non seulement de s’adapter aux caractéristiques propres de chaque pays mais également tirer plus que jamais profit de tout atout social, économique, environnemental et technologique disponibles.

LE COVID-19, UN TEST DE RESILIENCE ?

Absent de nos vies il y a juste quelques semaines, le COVID-19 apparaît aujourd’hui comme un véritable test de résilience venant évaluer notre capacité à résister aux chocs inattendus. Cette capacité de résilience se mesure par l’association de plusieurs facteurs, entre autres, mais sans s’y limiter:

  • un accès à des données fiables pour optimiser la prévention ;
  • des infrastructures de santé adéquates garantissant une prise en charge efficace ;
  • un dispositif d’appui à la continuité de la vie sociale et économique ;
  • une participation active des citoyens, du secteur privé et de la société civile dans un élan de solidarité nationale.

Cette crise a mis à nue les principaux goulots d’étranglement des systèmes de santé des pays africains et occidentaux ; illustrant par ailleurs les modèles les plus efficients tels que celui de la Corée du Sud. La stratégie de ce dernier a consisté notamment à ne pas appliquer de confinement de la population, mais au contraire à activer la participation citoyenne via un encouragement au civisme rigoureux, une politique de dépistage massif pour une meilleure détection et prise en charge des cas, ainsi que des mesures de soutien à l’économie en ralentissement.

En somme, les facteurs clés semblent être :

  • une participation citoyenne forte,
  • la qualité des infrastructures et,
  • un soutien juste et adapté à l’économie.

Le premier facteur est déterminant ; non seulement pour accroître la prise de conscience de la population, mais également pour éviter une saturation du système de santé dont l’efficience réside entre autres dans la disponibilité des infrastructures de prise en charge et des données. L’on en revient ainsi à remettre l’humain au centre des décisions et choix qui s’imposent. Ce test de résilience est aisé à réaliser sur le niveau d’infrastructures en place ou les différents facteurs de croissance socio-économique. Si l’on convient que la conscience d’un peuple est un facteur déterminant de son évolution, il s’avèrerait plus pertinent d’effectuer ce test sur le niveau de prise de conscience et d’engagement des citoyens à défendre une cause commune.

PRISE DE CONSCIENCE EN AFRIQUE ? MAIS LAQUELLE ?

Lorsqu’on parle de ville intelligente et durable, le facteur déterminant reste le citoyen dit « citoyen durable ». Un essai de définition le présente comme un citoyen conscient des enjeux de la vie en communauté, pour laquelle la culture occupe une place particulière, et de la protection de son environnement.

La crise du COVID-19 met en exergue un certain nombre de freins à une résilience optimale en Afrique dont il serait judicieux de prendre conscience. Parmi eux l’on peut citer sans s’y limiter:

  • Une forte dépendance aux importations – L’Afrique importe à peu près 94 % de ses médicaments, dont 55 % viennent d’Europe et 5 % de Chine ; ainsi que 70% de ses denrées alimentaires de base (riz, blé, poissons, etc.). L’interruption des chaînes logistiques suite à la fermeture des frontières des pays exportateurs notamment la Chine, entraîne des pénuries et des hausses de prix.
  • Un faible accès aux infrastructures et services essentiels – L’accès global aux infrastructures sociales de qualité reste déficient. En outre le manque d’infrastructures et de services de santé de qualité conduit notamment à une difficile capacité à gérer les situations de crise.
  • Un tissu industriel faible qui limite la transformation locale – L’urbanisation croissante n’a pas connu un essor équivalent des industries, notamment à cause d’une absence d’infrastructures de qualité permettant de soutenir ces industries. La conséquence directe est une faiblesse chronique des chaînes de valeur, qui accroît la dépendance aux produits et services extérieurs.

Se limiter à la seule analyse de ces trois premiers facteurs impose déjà une transformation profonde des systèmes économiques en faveur d’un renforcement de l’indépendance et de la compétitivité des économies africaines.

Serons-nous en mesure de tirer les leçons enseignées par le COVID-19 ? Il serait fort souhaitable.

DERRIERE LA CRISE, UNE OPPORTUNITE POUR L’AFRIQUE ?

De par le monde, les consciences s’élèvent face aux enjeux présentés par la crise du COVID-19, tant sur nos comportements sociaux, le capitalisme, notre relation avec notre planète ou encore les tensions géopolitiques. Il est indéniable que la pandémie va ajuster certains paramètres de la mondialisation.

L’Afrique ne doit pas être en reste dans cette vague de changement.

Après avoir observé les difficultés auxquelles nous faisons face dans la gestion de cette crise, et on l’espère en avoir pleinement pris conscience, sommes-nous en mesure de voir « l’opportunité à travers le chaos » ?

Sommes-nous en mesure d’impulser les changements inévitables qui s’imposent ? Loin de choisir la voie facile en calquant des systèmes existants, sommes-nous en mesure d’élaborer des solutions qui sont en corrélation avec nos cultures, nos dispositions sociales, géographiques, politiques, économiques ? Des solutions « Made in Africa » qui protègeront nos générations futures et notre environnement ?

Pendant que la crise sévit ou commence à sévir en Afrique, il serait sûrement temps d’anticiper l’après-crise et de saisir l’opportunité offerte aux pays africains.